Auteur Sujet: Pantomime, sa vie, son oeuvre (BG RP)  (Lu 1506 fois)

Hesti

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Pantomime, sa vie, son oeuvre (BG RP)
« le: 26 Jouiller 642, 18:12:21 »
Il y avait eu sa naissance, d'abord, dans un quelconque bordel de Pandala, où nombre de femmes de l'île étaient venues chercher de quoi survivre en ces temps de révolution et de disette. Puis son enfance, ou plutôt sa non-enfance, bercée par les cris des prostituées, plus souvent de douleur et de frustration que de plaisir.

Il y avait eu le lavage du sol au plafond en passant par les draps, dès qu'elle avait été en âge de tenir un balai. La distraction des "invités", le chant, la danse, et le service des boissons, afin de faire patienter ceux qui étaient venus pour de toutes autres choses.
Il y avait eu de longues heures, assise par terre, à écouter aux portes closes, par curiosité d'abord, puis par habitude, ce qui se tramait derrière. A regarder, parfois, tapie dans un coin, lorsqu'elle devait partager la chambre de l'une des filles pour la nuit, faute de place autre part.

Une époque où elle n'avait pas de nom, personne n'ayant jugé utile de lui en attribuer un. "Toi !", "petite", peu importait, tout le monde savait de qui il était question.
Il y avait eu quelques moment bénis, aussi, à jouer dehors avec d'autres enfants sans nom et sans famille, ou à écouter les récits d'avant-guerre, blottie contre le sein d'une femme dont les yeux pétillaient un instant, le temps d'évoquer les souvenirs joyeux d'un passé perdu et qui ne reviendrait pas. "Nous ne sommes pas si malheureuses, tu sais ?".
Pas si malheureuses grâce à Ma, la tenancière de l'établissement, une vieille Pandawa toute ridée qui fabriquait elle-même toutes sortes d'alcools délicieux, qu'elle partageait sans faire de manière avec toutes les femmes de la maison. Celui-ci pour faire passer la douleur, celui-là pour rire à tue-tête sans bien savoir pourquoi, cet autre pour oublier... Elle en revendait une partie au marché noir ou aux touristes pour alléger les besoins financiers de la maisonnée entière. Une bien brave femme comme on n'en faisait plus, emprunte de la vieille solidarité Pandawa traditionnelle... Une femme d'une autre époque en somme.

Il y avait aussi eu le départ de sa mère, celle qui l'avait conçue mais pas élevée. Tirée de l'enfer par un riche souteneur bontarien, à la condition implicite qu'elle laisse cette période de sa vie derrière elle. Elle avait donc abandonné sa fille sans joie et sans larmes, sans un regarde d'excuses ou un mot d'adieu. La jeune Pandawa l'avait attendue plusieurs jours, puis s'était résignée à ne plus la revoir, un peu comme on s'habitue à ne plus porter ce collier qu'on avait depuis la naissance et qu'on a perdu on ne sait où.

Enfin il y avait eu ce jour étrange et déterminant, où un Amaknéen bien habillé mais à l'aspect terrorisant lui avait promis un quotidien plus amusant, le gîte et le couvert, au sein d'une famille d'orphelins comme elle. Elle pouvait échapper à sa vie de misère et travailler pour lui, dans son cirque, à la condition qu'elle le suive en Amakna.
Elle ne déplorait pas sa vie dans la maison de Ma, mais avait rencontré trop de touristes qui lui avaient parlé du vaste monde en attendant de s'enfermer dans une chambre avec une exotique Pandawa. C'étaient elles, les esclaves. C'étaient eux, les hommes libres. Et elle ne voulait pas être une esclave, mais, bien au contraire, partir à l'aventure. Elle avait donc choisi de suivre cet inconnu, lui aliénant sans le savoir sa liberté en même temps qu'à ses côtés elle quittait son île et ses longues cavalcades dans les rues de Pandala.
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Re : Pantomime, sa vie, son oeuvre (BG RP)
« Réponse #1 le: 26 Jouiller 642, 18:12:53 »
La répulsion qu’il lui inspirait était immense. Bien que toujours dissimulé sous un beau costume noir et un chapeau haut-de-forme, l’homme ne pouvait cacher à personne son odeur épouvantable, haleine fétide et sueur rance, devant laquelle même les chiens baissaient les oreilles et fuyaient en couinant.

Et si on ne pouvait que le deviner maigre à faire peur derrière le tissu, son visage en revanche ne laissait aucun doute : l’étranger n’avait que la peau sur les os, et parfois, même, une ombre, un reflet, lui donnaient l’air de ne pas avoir de peau du tout.

C’était un disciple de Sram qui se faisait appeler le Baron, prétextant une vieille tradition familiale. Mais la jeune Pandawa le soupçonnait d’usurper son titre pour mieux tromper son entourage et ses clients. Elle découvrit ceux-ci très vite : Ecaflips, Iops, Sacrieurs, avec ou sans fourrure, c’était la première fois qu’elle voyait autant d’étrangers, et ils lui avaient semblé vraiment différents d’elle. Cette impression était visiblement partagée, et le Sram en tira partie aussi longtemps que la jeune Pandawa demeura avec lui.

Après plusieurs jours de marche, ils avaient enfin atteint son repaire, dans un coin reculé du cimetière de Bonta. Elle ne connaissait pas encore cette ville, mais au vu des pierres tombales elle avait supposé immédiatement que ses habitants devaient être riches.

La propriété du disciple de Sram, si l’on pouvait l’appeler ainsi, était assez vaste. Elle comprenait une quinzaine de roulottes regroupées autour d’un feu de camp. Là, des enfants d'une douzaine d'années comme elle, et d'autres un peu plus vieux, appartenant aux différentes races qu’elle avait croisées, tentaient de se réchauffer sans grand succès, les yeux hagards et le regard vide.
Le Baron lui annonça qu’ils seraient ses nouveaux compagnons, et la présenta à tout ce petit monde comme la dernière recrue du cirque de la vallée de la mort. Le nom lui parut décalé, pour un cirque, et elle en ressentit de la fierté.

C’était drôle, au début, et elle ne parvenait pas à comprendre les mines toujours grises et déconfites de ses compagnons. Du reste, elle ne parlait que quelques mots d’amaknéen, et, en général, ils ne lui adressaient pas la parole.

Le cirque de la vallée de la mort était un cirque ambulant qui faisait le tour d’Amakna, de Bonta à Brâkmar en passant par Sufokia. Partout où vivaient des gens, ils déroulaient leurs tentes et installaient le chapiteau.
La jeune Pandawa se régalait des représentations de ses petits camarades. Les Eniripsas qui virevoltaient sur leurs trapèzes semblaient si légers qu’on aurait dit des papillons. Le Iop et l’Ecaflipette était si comiques dans leur numéro de clowns qu’elle se demandait comment ils pouvaient être si tristes au quotidien. Le couple d’Osamodas faisait faire des tours incroyables à leurs invocations, un autre Ecaflip faisait des tours de cartes époustouflants, cette petite xélorette était si douée pour le jonglage qu’on aurait dit que les objets qu’elle lançait étaient une extension de ses doigts, et cette Craette qui lançait des flèches sur le Sacrieur qui servait de cible… Tout était formidable à ses yeux.

La Pandawa, elle, était la seule au début à ne savoir rien faire. Mais le Sram avait remarqué sa grande agilité, acquise dans les ghettos de Pandala, et lui apprit à la mettre à profit à chaque représentation. Ainsi, elle se glissait entre les sièges avec discrétion et délestait les poches des visiteurs de leur contenu. Elle le faisait rapidement et avec une grande dextérité, afin de ne pas rater trop longtemps les numéros de ses petits compagnons. Et à la fin, elle applaudissait et sifflait avec tant d’enthousiasme et de sincérité que les spectateurs, surpris, se laissaient aller plus facilement aux bravos et ne se méfiaient pas.

Ses activités ne la dérangeaient pas du tout. Ma le disait déjà à l’époque : il faut prendre l’argent là où il est. Et puis, elle parvenait toujours à se mettre quelques kamas de côtés sur le butin qu’elle récoltait, avec lesquels elle se glissait dehors la nuit pour boire une chopine ou deux. Et là, elle pariait encore avec les ivrognes du coin sur qui boirait le plus sans s’écrouler. À l’époque, les Pandawas étaient peu nombreux et leurs coutumes mal connues en Amakna, et elle gagnait systématiquement.

Au bout de quelque mois, elle parla bien la langue locale et commença à se lier d’amitié avec ses compagnons, en particulier l’une des Eniripsas du numéro de trapézistes, la petite Héline. C’est d’elle qu’elle apprit la cause du désespoir ambiant : des secrets plus ou moins lourds à porter, des dettes de jeu à éponger, une lointaine famille à nourrir ou à protéger d’éventuelles représailles, tout, de leurs mines tristes à leur résignation collective face au Baron tenait en deux mots : le chantage et la peur. Mais derrière ce que ses compagnons osaient admettre, elle devinait bien pire encore, des hontes et des compromissions inavouables… Et lorsque la Pandawa, devenue boute-en-train attitrée de la troupe, les poussait à changer de vie, la même réponse déterministe et sans appel lui revenait :
« Et où irions-nous ? »

Quant à elle, elle était heureuse. Ce qu’on lui demandait et ses petits arrangements personnels lui convenaient. Et cela, ajouté au fait qu’elle redonnait le sourire et un peu de combattivité au reste du groupe, commença à inquiéter le Sram. Quelle influence pouvait-elle avoir sur ceux qu’il considérait comme ses esclaves, et pourquoi ne devenait-elle pas maigrichonne et fragile, comme tous les autres, sans résistance et sans éclat ? Il se dit qu’il était temps de s’attaquer directement à son moral en la mettant dans une position contraire à sa nature dont il avait l’idée depuis le début...
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Re : Pantomime, sa vie, son oeuvre (BG RP)
« Réponse #2 le: 26 Jouiller 642, 18:21:18 »
Il s'attaqua directement à son moral, en la mettant dans une position contraire à sa nature : sous prétexte de faire découvrir la civilisation Pandawa aux Amaknéens, il l'enferma dans une cage en lui recommandant de ne pas parler, sauf à pousser de petits cris, et à faire comme si elle vivait normalement dans cette cage.
Au début, la Pandawa ne comprit pas l'intérêt de la chose pour le Sram. Libre, elle lui rapporterait beaucoup plus qu'en cage, à n'en point douter. Tout s'éclaira dès son premier jour d'enfermement, lorsqu'elle remarqua autour d'elle les cages des animaux et des monstres capturés par le Baron dans le monde des douze. Elle était désormais l'une d'entre eux, entre l'animal et la monstruosité. Et elle était exposée nue, comme autrefois les femmes chez Ma pour attirer les clients.

Pour protester contre cette double atteinte à son intégrité et à sa liberté, elle commença par faire des grimaces aux visiteurs, espérant les repousser. Si l'un d'entre eux osait s'approcher de sa cage, elle courait vers l'imprudent, l'attrapait et le secouait avec tant de violence qu'on commençait à avoir peur d'elle. Mais elle se rendit compte rapidement que l'effroi qu'elle provoquait chez les bonnes gens d'Amakna ne la rendait que plus attractive, et que son comportement la ramenait effectivement à l'état d'animal sauvage enfermé. Elle prit son parti de faire se désintéresser d'elle les visiteurs, et passa les journées suivantes, prostrée, face au mur, sans faire un geste et sans dire un mot. Et, de fait, les visiteurs ne restaient plus très longtemps devant sa cage.

Mais depuis les quelques jours qu'avait duré son enfermement, personne n'était venu lui porter de nourriture et la jeune Pandawa commençait à être affamée, et, surtout, assoiffée : le Baron lui avait bien laissé une bassine d'eau, mais, depuis le début, elle ne s'en servait que pour faire sa toilette. Aussi dut-elle se résoudre, avec toute la honte que cela impliquait pour elle, à quémander de la nourriture auprès des visiteurs. La tête basse, les yeux tournés vers le sol, elle laissait seulement pendre son bras à l'extérieur, la main tendue vers le haut. Elle récoltait généralement de cette façon de quoi se nourrir largement, et lorsqu'elle avait assez mangé, elle retournait s'asseoir dans un coin, plongée dans son mutisme. Et ces jours passés sans boire une seule goutte d'alcool lui paraissaient de plus en plus longs. Un soir, cependant, son amie Eniripsa, la petite Héline, était parvenue à glisser une bière entre les barreaux de sa cage malgré l'interdiction du Sram de s'en approcher. La Pandawa l'avait bue avec d'autant plus de reconnaissance qu'elle savait que les menaces du Baron étaient prises très au sérieux par ses compagnons d'infortune, et le danger qu'avait couru son amie pour elle lui avait fait chaud au cœur.

Le lendemain, comme pour donner suite à ce nouvel élan, elle terminait son petit déjeuner lorsqu'une femme, jolie et richement vêtue, cria près de sa cage :
« Oh, regarde ! Une Pandawa ! »
L'interjection lui fit lever les yeux. C'était la première fois que l'on parlait d'elle comme d'une représentante de sa race. La femme s'approchait, au bras d'un homme à l'air sévère. La Pandawa, toujours de bonne humeur, sourit au couple, fit une petite révérence à la femme et sourit à l'homme. La femme s'esclaffa.
« Quelle jolie pantomime ! Merci Mademoiselle ! »
Le mot ne lui était pas familier mais il lui paraissait amical, et c'est à elle qu'il s'adressait. Elle l'adopta immédiatement.
Cependant, l'homme qui accompagnait la belle femme ne semblait pas aussi ravi. Lui aussi s'adressa directement à la Pandawa.
« N'avez-vous pas honte, vous qui avez échappé à la guerre, de donner une telle image de vitre espèce aux étrangers ? Avez-vous oublié le courage et la dignité de ceux de votre race ? Vous ne leur faites pas honneur ! »
La Pandawa avait immédiatement réagi.
« Je n'ai pas le choix figurez-vous ! On m'a enfermée ici sans même une goutte de bière, sans rien d'autre à manger que ce que je mandis ! Bien sûr que je préfèrerais être libre ! »
La femme avait souri d'un air mystérieux, l'homme avait gardé les sourcils froncés, mais tous les autres visiteurs s'étaient écartés vivement en poussant des cris apeurés. Même si elle ne prêtait pas spécialement attention à eux, la Pandawa constata intérieurement avec surprise que ce qui avait effrayé les gens était uniquement le fait qu'elle ait parlé dans leur langue, ce qu'un animal n'est pas censé faire. L'homme reprit la parole.
« Ne restez pas ici Mademoiselle. Ne vous laissez pas impressionner et fuyez. Tous dans le monde des douze ne traitent pas ceux de votre race aussi mal. »

La jeune Pandawa s'était dit qu'elle ne trouvait pas qu'elle avait été particulièrement maltraitée, ni même traitée différemment de ses compagnons travaillant pour le compte du Baron, mais elle n'avait pas pu pousser sa réflexion plus loin car la femme avait coupé son compagnon d'un clin d'oeil, en lui tendant une petite flasque d'alcool.
« Ne l'écoutez pas ma jolie, moi je trouve ça délicieusement pervers. Cependant, quand vous aurez décidé de quitter ce cirque, passez nous voir à Brâkmar ! Nous avons une petite maison non loin de la Taverne de la Misère. »
Elle lui avait tapoté la main et avait ajouté :
« Au plaisir de vous revoir bientôt Mademoiselle... Mademoiselle ? »
La Pandawa était restée muette, à la fois parce qu'elle n'avait pas vraiment compris qu'il s'agissait d'une question, à la fois étourdie par l'univers de possibilités que le couple venait de faire naître dans sa tête.
La belle femme insista :
« Eh bien ? Comment vous appelle-t-on ? »
Elle sursauta. Un nom ? On ne lui en avait jamais donné auparavant. Elle regarda la femme avec étonnement et finit par répondre :
« Appelez-moi Pantomime. »
La femme sourit.
« Très bien, alors à bientôt Mademoiselle Pantomime. »
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Re : Pantomime, sa vie, son oeuvre (BG RP)
« Réponse #3 le: 26 Jouiller 642, 18:22:00 »
Pantomime avait longtemps suivi le couple des yeux lorsqu'ils étaient partis. L'évidence que représentait pour eux l'idée que la Pandawa devait fuir le cirque commençait déjà à faire son chemin dans sa tête. Elle réfléchit. Elle avait quitté Pandala à 12 ans, en quête de liberté, avait su apprécier la vie de nomade imposée par le cirque ambulant pendant près de trois ans, et ce jour-là, elle avait pris conscience qu'être enfermée dans une cage, même si ça ne faisait qu'une semaine, était tout le contraire de ce à quoi elle aspirait. L'homme avait raison, cela ne pouvait pas durer. Elle but la flasque offerte par la femme en se promettant qu'elle annoncerait au Sram le soir-même qu'elle avait l'intention de quitter le cirque.

Elle passa le reste de cette journée prometteuse à discuter avec les visiteurs. Ceux-ci, surpris au début, puis incrédules, avaient finalement commencé à comprendre la situation de la Pandawa, et ils s'émerveillaient autant de ses récits à propos de l'île presqu'encore inconnue de Pandala qu'ils s'émouvaient de son sort. Certains qui, comme le couple du matin, avaient beaucoup voyagé, s'indignèrent à tel point qu'ils demandèrent à parler au Baron. Et c'est ainsi que, à la nuit tombée, lorsque tout le monde fut parti, le Sram vint enfin ouvrir la porte de la cage de la jeune Pandawa. Mais sa réaction ne fut pas exactement celle que Pantomime avait espérée. Aussitôt la cage ouverte, il l'avait attrapée par les épaules et l'avait jetée violemment contre le mur, puis l'avait rouée de coups en criant : « Ah c'est comme ça ! Ah, tu veux me causer des ennuis ! Qu'est-ce que tu as raconté aux clients petite ordure ? Tu n'es rien, tu ne seras jamais rien, tu ne sortiras jamais de cette cage ! Tu y mourras, je t'en donne ma parole ! »

Pantomime crut sa dernière heure arrivée. Personne n'avait encore jamais levé la main sur elle, et la surprise autant que la douleur l'empêchaient de se défendre. Le Sram continuait de l'invectiver tout en la frappant et l'aurait, peut-être, effectivement tuée, si une pierre ne l'avait assomé en lui tombant fort à propos sur le coin du crâne. Pantomime, qui ne sentait plus les coups, se crut morte, mais elle eut tout de même la présence d'esprit de baisser les bras de devant son visage, pour vérifier. Elle découvrit l'expression horrifiée d'Héline, son amie Eniripsa, qui n'en revenait pas elle-même d'avoir osé terrasser le Baron pour sauver la Pandawa. Tétanisée par son propre geste, elle mit quelques instants à se reprendre, puis vint auprès de Pantomime pour soigner  les blessures que le Sram lui avait infligées. La Pandawa se releva. Elle boîtait un peu mais se sentait globalement beaucoup mieux. Attrapant Héline par la main, elle vola les clefs qui pendaient à la ceinture du Sram, sortit de la cage avec son amie, enferma à double tour le Baron à l'intérieur et jeta la clef dans les fourrés alentours. Puis les deux jeunes filles coururent vers les tentes, où Pantomime récupéra les kamas qu'elle avait mis de côté et s'habilla. Héline lui donna un petit paquet, dans lequel elle avait caché quelques friandises et du pain pour la Pandawa, ainsi que deux petits poissons grillés. Un trésor, en somme. Puis elle serra Pantomime fort dans ses bras et lui souhaita bonne chance.

« - Tu ne viens pas avec moi ?
- Non, je ne veux pas laisser les autres seuls ici. Tu sais, Liu et moi nous sommes un peu leur seul soutien... Mais reviens me voir de temps en temps ! Discrètement... je sais que tu en es capable. »

L'Eniripsa lui fit un petit clin d'oeil. La Pandawa accepta la raison invoquée par Héline, même si elle la savait plutôt inspirée par la peur d'être retrouvée un jour par le Baron. Cependant, elle savait aussi que Liu, l'Eniripsa partenaire d'Héline dans leur numéro de trapèze, était amoureux d'elle, et elle soupçonnait depuis quelques temps ces sentiments d'être partagés. Il n'y avait rien à faire contre l'amour, elle l'avait souvent entendu dire. Elle accepta donc le petit paquet avec beaucoup de reconnaissance, serra elle aussi l'Eniripsa dans ses bras, et partit en courant autant que ses jambes meurtries le pouvaient, alors qu'elle entendait dans la cage le Sram qui s'était réveillé et vociférait en secouant les barreaux. Elle sourit intérieurement, juste retour des choses, et espéra que les autres ne le libèreraient pas trop tôt.
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